N° 103 - décembre 2006 - Ping Pong, exposition à l'Ecole des Arts Décoratifs
Ping Pong
 
Echange de points de vues poétiques entre deux jeunes designers néerlandais, Chris Kabel et Wieki Somers, l’exposition présentée à la Chaufferie est aussi un dialogue avec les élèves de l’ESAD, chargés de scénographier leurs œuvres.
 
Du haut de leurs trente ans, Wieki Somers et Chris Kabel, tous deux issus de la Design Academy d’Eindhoven, ont déjà un parcours d’expositions et de prix qui comptent sur la scène internationale. Ping, comme leurs œuvres, Pong comme la réponse des étudiants auxquels ils ont confié la scénographie de leurs créations.

Avec pour seule contrainte le blanc, les élèves ont eu la grand et rare liberté de créer des installations avec les oeuvres, plus que de simples mises en espace. Détournements, Contre-sens, décalages surréalistes, toutes les options ont été rendues possibles. Et loin de nuire aux œuvres, se voit souvent révélée l’humour et l’ingéniosité que les artistes avaient placés dans la relation signifiant-signifié de leurs créations.

 

Vous prendrez bien un thé très cher ? Et voilà « High Tea Pot » (2003), en forme de crâne de porc, qui sort de l’imagination de Somers, avec une petite couverture en fourrure de rat pour ajouter au raffinement. Heureusement, la chasse à la théière est ouverte et les élèves vigilants, la transforme immédiatement en trophée, surveillée par des fusils. Et les nuages défilent sur la nappe illusionniste tandis que les serviettes brodées d’oiseaux (Clouds & birds, 2004) se voient chorégraphiées dans un envol vers le plafond de la salle.
Brillante idée que ces autocollants en forme d’ombre (« Phantom », 2006) que Somers aura voulu décoratifs et inattendus. Les voilà à présent narratifs, empilés contre le mur pour conter l’histoire des Musiciens de Brême (Perault).
Wieki aime ce jeu sur les contenus et les contenants, et la voilà bien déroutée quand les élèves reinterprètent « Blossoms » (2004). Elle avait pensé un vase contenant déjà ses propres éléments végétaux, et il devient le bulbe d’une fleur naturelle rajoutée. C’est beau, c’est drôle, elle accepte, car ce sont les règles de l’exposition.
Chris Kabel, reste lui très amusé par la manière dont les élèves ont trouvé des qualités graphiques à ses « Sticky Lamp » (2001) autocollantes : les fils si difficiles à cacher, servent intelligemment à écrire le titre de l’exposition.
De l’humour et de la poésie, certes, mais sans oublier le côté pratique des objets. « Flames » (2003), le burlesque chandelier à gaz parvient à concilier camping et romantisme. Qu’à cela ne tienne, les élèves le présente sur une table de banquet avec deux chaises en plastique. L’artiste sourit. D’autant plus que pour compléter le tableau, il ne manque que Shady Lace Blanc » (2004), son parasol de feuilles blanches qui produit au sol l’ombre d’un arbre. Il est là, accompagné d’un jet d’eau… pour qu’il vive toujours.
Mais au fond, et c’est ce qui surprend le plus, tous ces objets sont utiles. Ils sont justes extraordinaires, mais utiles. Ainsi, cette nappe, « Table Shapes » (2004), polyvalente et conçue pour s’adapter à toutes les tables, n’est-ce pas fondamentalement pratique ? La réponse des élèves prend le contre-pied avec plein d’humour, en la posant sur une table à 7 pieds à la forme improbable, utilisant les différentes découpes… une table unique qui ne peut avoir pour seule nappe que celle-ci…

Le dialogue fonctionne bien et les artistes, qui ont déjà mené un workshop à l’Ecole des Arts Décos (« le banquet », mars 2006), maîtrisent bien ces échanges. D’ailleurs, sûrs de la force de leurs créations, ils laissent même les élèves revendiquer ces changements de sens ou ces contextualisations nouvelles, en leur permettant de signer leur nouvelle installation : « Money Vase » (2005), deux vases de Kabel dont la forme est constituée par les pièces qu’ils pourraient contenir, sont ainsi posés sur une balance sous le nouveau titre « CAC 40, 2006 ». Sur le mur, comme pour toutes les autres œuvres, un dialogue au marqueur retrace les questions-réponses des élèves avec les designers : pourquoi la balance ? – Le poids détermine-t-il la valeur de l’objet ? ».
 
Jours effeuillés / Sur des montagnes d’écume./ Une larme dans un galet./Un rire dans une ombre./ Un nœud dans un éclair./ Un éclair lent / Aux griffes et aux dents de fleur./ Une vie sur des tours de rêve, / Sur des montagnes d’écume. (Jean Arp.).
 
Si le design sert à rendre la vie plus poétique et plus belle, et si la liberté, c’est de pouvoir porter un regard différent sur le monde, alors Ping Pong est bien une exposition de design, empreinte de liberté à tous les égards.
 
Arthur Concept / Collectif Insight.
 
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