|
Faire Réfléchir avec l’Art Contemporain
Depuis début septembre, le Frac Alsace a un nouveau directeur. Soit. Cela dit, quel sera le changement ? Et du reste, en faut-il un ? Si l’on en croit Olivier Grasser, il n’en affiche pas l’ambition… quoique… sa réflexion sur l’art et la place des artistes en disent un peu plus long sur une potentielle évolution.
Formé à la Sorbonne puis à l’Ecole du Louvre, il a travaillé dans des galeries (dont Durand-Dessert), à Beaubourg, au Jeu de Paume, au Frac Picardie, avant de diriger le département Arts Plastiques de la Maison de la Culture d’Amiens. Voilà donc un connaisseur qualifié, tant du milieu institutionnel que privé, et un acteur expérimenté de cette fameuse démocratisation culturelle. Arrivant au Frac Alsace, il endosse une nouvelle casquette, dont il sait la charge en termes de politique culturelle et pour cause, il connaissait déjà bien son prédécesseur, Pascal Neveux.
Diffuser les œuvres, accueillir des artistes, poursuivre la constitution d’une collection ouverte, faire connaître le fonds à travers la Région et de manière internationale, toutes ces missions seront évidemment les siennes, ce sont celles du Frac en général. Du reste, à part la gestion d’une collection, c’était déjà le travail qu’il accomplissait à Amiens.
« L’art a une fonction politique » dit-il. « Je réfute le fait que certaines œuvres soient considérées comme hermétiques. Toutes les œuvres ont une part accessible, mais cela demande un temps et une démarche active d’approche et de regard, qu’une parole explicative pourra ensuite enrichir. »
Olivier Grasser ne nie pas qu’il y a une rupture entre l’art contemporain et les publics mais il l’attribue « à l’absence d’une politique suivie d’éducation, à une absence de prise de risque et à une attitude culturelle de sacralisation de l’art, que des discours élitistes ou démagogiques voudraient porteur d’une sorte de vérité inepte. »
La prise de risque semble être pour lui, au cœur de la démarche artistique : « une œuvre se définit par sa capacité à interroger le monde d’aujourd’hui » et il considère les artistes comme des professionnels en charge d’un rôle particulier : « L’artiste n’a pas forcément un rôle politique au sens partisan, mais il doit affirmer une responsabilité dans la société actuelle. Il n’y a plus de mouvements religieux, philosophiques, etc… Dans le déferlement actuel des images, comment un individu peut manœuvrer en prenant conscience de lui ? Dans quel champ l’individu aujourd’hui peut-il encore faire un choix ? Pas vraiment dans les urnes ! Comment affirmer un choix d’être ? Comment affirmer une différence, se positionner ? En valorisant des aspects de soi personnels, sur une conscience de soi. »
Finalement, et si le changement de directeur allait induire tout de même une évolution, ne serait-elle pas celle qui est le privilège du successeur ? Approfondir partout, bâtir là où les terrains ont été défrichés, et au-delà de la simple diffusion, et du « faire connaître », tenter le « faire comprendre », ou mieux, « de faire penser », « de faire réfléchir », « de faire prendre conscience » ? C’est sans doute cela la véritable démocratisation culturelle, ouvrir les consciences, sur soi et sur les autres, sur la société. L’art n’en est-il pas le meilleur outil ?
Arnaud Weber / Collectif-Insight |