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L'art est dans le ceaac
L’exposition des lauréats du Ceaac et des collectivités territoriales qui forment son conseil d’administration, est chaque année une occasion de mieux comprendre ce qui peut retenir dans l’art contemporain, l’attention des décideurs politiques et des prescripteurs publics. Séverine Hubard, Pierre Filliquet et Yoav Rossano sont les heureux primés en 2007, mais pourquoi ?
Séverine Hubard, bourse de la Région Alsace.
« Si vous cassez un bout de bois en deux, il y a encore deux bouts à chaque bout » (Raymond Devos).
Séverine Hubard, 30 ans, diplômée en arts de Dunkerque et de Nantes, récupère, modifie, assemble, cloue, sans ménager sa peine, des morceaux de bois de toutes tailles et de toutes couleurs… produisant en volume et en accumulation tantôt des installations immenses, tantôt des sculptures monumentales, dans de nombreux pays (Turquie, Congo, Allemagne, Pays-Bas, Canada, Japon, Irelande, Autriche, etc.). Tout part de la récupération, mais elle choisit très précisément les éléments pour chaque assemblage pour faire tableau et esthétique... « L’installation au Ceaac s’appelle « Contractage », car tout est condensé dans des étagères, comme dans un atelier d’artiste, ou comme dans un entrepôt ». Echo à un travail réalisé à Rotterdam, certains assemblages reprennent des architectures étonnantes, et la relation est explicitée dans la télé/catalogue. Plus largement, sur chaque palette, tout parle d’architecture : là, un palais, ici un garage, là une ville… » Et ce jeu signifiant/signifié se retrouve dans l’accumulation de planches contre le mur : chacune possède un motif évoquant un meuble ou une architecture : usine, tapis, parloir, télé, piano, porte des toilettes… c’est ludique et imaginatif, au-delà des simples apparences plastiques…
Une exposition personnelle « retour de résidence » (de trois mois à Francfort) aura lieu également à partir du 1er février 2007 au Ceaac.
Yoav Rossano, Bourse de la Ville de Strasbourg
« Si les chimpanzés ont une représentation de leur monde, nous est-elle seulement accessible ? Et auront-ils envie de nous la communiquer ? » Pascal Picq, anthropologue, Collège de France.
Diplômé en arts de Bezalel et de Strasbourg, Yoav Rossano, artiste italo-israélien d’une trentaine d’année, voyage et expose en Israël, en Pologne, en Ukraine, en Italie, en France en Allemagne, en Tchéquie, etc. Il est peintre, installationniste, sculpteur, graveur, vidéaste et surtout ne se laisse pas enfermer dans tel ou tel medium : « la technique, c’est la manière de parler » dit-il, et il choisit donc en fonction de ce qu’il a à exprimer. Comme précisément, il s’intéresse aux systèmes de langage, à la communication avec ses semblables, mais aussi à celle avec les « autres », animaux ou Dieu, la mise en œuvre est toujours pleine de sens, choisie, pensée. « Les singes, comme les oiseaux, sont des animaux avec lesquels on peut communiquer car ils ont un langage », dit-il, et après une résidence à Stuttgart, il présente ici un travail interrogeant la relation homme/singe – en l’occurrence les singes allemands du zoo et les visiteurs français, opérant par là-même un double décalage de langage et de codes… « J’ai choisi une palette primaire pour rendre quelque-chose de primitif, et je m’appuie sur un croquis préparé à l’ordinateur pour que cela soit très graphique. Le fond noir et le verre, permettent que le spectateur aperçoive également son propre reflet dans l’œuvre ».
Pierre Filliquet, bourse du Conseil Général du Bas-Rhin
Diplômé en arts de Strasbourg et âgé d’une trentaine plus qu’à moitié écoulée, Pierre Filliquet est photographe et vidéaste, mais son premier amour est le dessin, et il porte une attention particulière à la picturalité et à la matière. Ainsi, dans ces études en tirage platine, le côté poreux confine à la gravure, forme d’hommage aux écrits de Sébastien Brandt qui révéla les forêts alsaciennes et aux gravures de Dürer qui accompagnèrent ces textes. Ses friches en bordure de ville, qui renvoient à la vidéo « Les Sources de l’Aube » sont quant à elles très graphiques. Les oeuvres de cet artiste placent le spectateur dans le contexte de leur création : celle d’une extrême solitude, d’une profonde contemplation à la pensée imaginative. La charge sensible fait pénétrer dans les photographies, comme dans ces paysages sans un seul être humain à des kilomètres, baignés d’une lumière d’entre-deux-averses, au temps supendu. Le cadrage poursuit la tradition mais les cultures intensives apportent la contemporéanité et une grande plasticité. Derrière les « Portes du Rhin », on ressent la puissance, tandis que devant ces « Champs de bataille » au Col du Linge (Vallée de Munster), on devient un poilu dans un champs de possibles où il faut survivre… Cette tension anime aussi ces maisons japonaises prises de nuit : la lumière émane d’elles, elles semblent être des maquettes mais elles existent dans cette pensée japonaise où l’homme, les objets et le monde environnant interagissent…
Chez tous ces artistes, il y a sommes toutes une démarche intellectuelle et plastique profonde, imaginative, cohérente, aboutie, et originale… et toujours un petit effort à faire par le public pour bien comprendre les oeuvres. C’est probablement pour cela qu’ils ont été retenus, et ainsi que doit opérer la séduction artistique : dans une tranquille observation, au contraire des soldes vestimentaires par exemple… L’affaire est dans le ceaac, sortez la tête…
Arthur Concept / Collectif Insight |