International Girl
Avec plus d’une quinzaine d’artistes alsaciens en résidence dans le monde chaque année, autant d’étrangers accueillis à Strasbourg, des éditions, un espace d’exposition indépendant, l’activité internationale du Ceaac existe bel et bien aujourd’hui. Derrière ce dynamisme se cache un personnage au nom évocateur de politiques culturelles. Une voix douce et de longs cheveux bruns, un grand sourire et des yeux à l’écoute, du haut de ses mêmes pas trente ans, Ann Arend est de ces acteurs culturels passionnés, dont la discrétion n’a d’égal que l’efficacité.
Danoise, après une enfance passée à Durbuy, « la plus petite ville du monde », dit-elle amusée, son parcours universitaire et personnel la fait vivre successivement en Angleterre, à Bruxelles, Vienne, Copenhague, Florence, avant d’arriver à Strasbourg, à peine âgée de 24 ans, parlant six langues (anglais, allemand, danois, espagnol, italien et français) et une maîtrise d’histoire de l’art en poche réalisée sur un sculpteur contemporain, Antony Gormley.
En recherche d’emploi, bien inspiré, le Ceaac lui confie en 2003 le poste nouvellement créé de chargée des projets internationaux.
Il faut promouvoir les artistes alsaciens à l’étranger et accueillir en échanges des plasticiens étrangers. Incontestablement, quatre ans après, sa mission a été remplie et même au-delà. En partenariat avec la Ville de Strasbourg, des artistes sont ainsi régulièrement envoyés après appel à projets auprès des 36 Villes du Club de Strasbourg, tandis que d’autres sont des partenariats directs du Ceaac avec d’autres structures. Allemagne, Pologne, Roumanie, Lettonie, Laos, Corée, Québec, Belgique, Lituanie, Slovénie, Serbie, Montenegro, Grèce, Turquie, Liban, Inde, Mongolie, Philippines, Algérie, Congo, Arménie, Brésil, et bien d’autres destinations encore… La liste des artistes impliqués est impressionnante, trop longue pour être citée… Plus de 70 dossiers sont d’ailleurs déposés chaque année, sélectionnés ensuite par un petit comité tenu secret… Et il y a même des éditions, avec ainsi un coffret de dix publications résumant les trois dernières années des échanges entre Alsace et Basse-Silésie (Pologne), et un catalogue annuel sur les autres échanges. Gestionnaire du budget, autonome dans ses décisions, depuis peu, Ann Arend est secondée par Roland Görgen, régisseur technique de l’Espace International.
Heureuse de cette réussite, pourtant, elle ne se laisse pas gagner par l’orgueil, surprise de se voir consacrer un portrait, et partageant ce succès en mentionnant les liens de confiance et de soutien que les autres membres du Ceaac lui ont toujours témoignés.
Mais de quoi rêve-t-elle à présent ? « Je continue à stabiliser les actions entreprises et notamment développer le soutien aux artistes à l’étranger, faire plus d’expositions »… et comme la question semble appeler une réponse à plus long terme, elle ajoute « dans tous les cas, rester dans le soutien à la création, et pourquoi pas, plus tard, travailler dans une structure pluridisciplinaire, avec des résidences ». « Et aussi apprendre à jouer du saxophone que je viens d’acheter », confesse-t-elle…
Ne serait-ce l’obstacle de sa nationalité, il y a fort à parier qu’Ann Arend, serait promise à un bel avenir dans l’un des centres culturels français dans le monde et elle y a déjà pensé, mais pour le moment, gardons encore à Strasbourg cette européenne pour qui l’international est plus qu’une seconde nature, un parcours de vie.
Arthur Concept / Collectif Insight. |