N° 110 - juillet-août 2007 - "Drôle de Je" au Frac Alsace

L’enJE du sujet

Comme une réponse à ce que pourrait être le rôle des artistes dans le monde contemporain, les autoportraits partiels ou hybrides formant l’exposition « Drôles de je » interrogent fondamentalement la question du sujet, inaugurant là une nouvelle direction dans le projet artistique du Frac Alsace.
Feed back, Poly, janvier 2007, Olivier Grasser, directeur du Frac Alsace fraîchement nommé : « Dans quel champ l’individu aujourd’hui peut il encore faire un choix, affirmer un choix d’être, se positionner ? En valorisant des choses différentes, plus personnelles, sur une conscience de soi. »
Si le corollaire de la liberté est la responsabilité de ses choix, où ailleurs que dans la création artistique s’exprimerait mieux l’affirmation politique d’une pensée… si ce n’est lorsque l’artiste s’implique de manière personnelle et physique dans son œuvre ? En plaçant son je au centre du jeu, c’est le soi des choix de chacun qui devient l’enjeu.

Un walkman sur les oreilles d’un mannequin de plastique couvert de pâte à modeler, et c’est le visage de Sarkis qui remplace l’image idéalisée, c’est la proposition de partager des goûts musicaux qui vient pallier l’incommunication intrinsèque qu’évoque la situation.

 
Remake de grands films réalisés en vidéo, se travestissant le cas échéant, et ce sont les questions de l’appropriation comme processus créatif, du genre sexuel, et de l’apparence physique qui sont posées par Dellsperger. Verna, de son côté se fait tatouer, piercer selon ses dessins, pour ensuite se photographier en évocation à l’histoire de l’art ou au rock,
 
Autre évocation, celle de Cypis, qui avec un sofa, un miroir et des paroles de séduction susurrées, donne à l’Odalisque absente, une présence féminine et charnelle. Au bénéfice de toutes les femmes… comme lorsque Ben Yahia dénonce dans ses installations, les interdits faits à la femme berbère, et le rapport pervers intérieur/extérieur des maisons.
 
Moins revendicatifs, les savons-autoportraits de Nussbaumer invitent à réfléchir aux rapports entre les êtres vivants et les objets, tandis que les séquences de Stoll et leurs étapes matérialisent la relation à inventer entre le corps et l’espace.
 
Bauer restitue quant à lui en dessin, vidéo ou sculpture, ses souvenirs d’enfance, comme une interprétation visuelle de sa réalité intérieure… là où Cabanes recherche dans une peinture précaire, à traduire tout un potentiel et une proximité avec le réel.
 
Entre imaginaire et réel, les reliquats d’aventures improbables vécues par Tixador et Poincheval pointent la futilité d’un monde où le goût du savoir et de la découverte s’avèrent dérisoires, alors que Prévieux adresse des lettres de non motivation en réponse à des offres d’emploi, que Ben-Ner, se filme prisonnier sous le lit à barreau de son enfant et que Motti marche dans le tunnel sans fin de l’accélérateur de particules de Genève, affirmant que « l’une des fonctions essentielles de l’art est d’ébranler les murs de nos certitudes ».
 
Dans toutes ces œuvres, où commence le Je et où s’arrête-t-il ?
 

Olivier Grasser définissait une œuvre par « sa capacité d’interrogation du monde d’aujourd’hui », mais si la responsabilité de l’art était aussi un encouragement à l’action ? Ne pas se renier, rester soi au centre du je, créer pour défendre la liberté d’être. Cogito ergo sum. Pour vivre ensemble.

Arthur Concept / Collectif Insight

 
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