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« Un jour, les physiciens comprendront vraiment la logique interne du cosmos, et celle-ci sera splendide - l'attirance pour le beau, le cohérent et le simple, est au cœur même de la capacité humaine à comprendre rationnellement le monde matériel. » (Heinz Pagels, physicien).
Les dernières œuvres de Vladimir Skoda semblent répondre au souhait de Pagels. Elles sont la dernière évolution d’un longue relation entre le sculpteur et le métal, commencée auprès de son oncle forgeron à Prague et par sa première formation de tourneur-fraiseur ajusteur. Ses recherches esthétiques l’ont conduit au fil des années, d’un traitement reflétant une bataille physique avec la matière, à une approche plus épurée, une démarche plus conceptuelle liée à un questionnement de l’univers, après avoir aussi expérimenté la gravure.
Aujourd’hui Skoda crée des sphères et des disques à la surface polie, des formes idéales, suivant en cela la doctrine d’Etienne-Louis Boullée, un architecte du dix-huitième qu’il admirait. Mais le sculpteur introduit avec subtilité l’imperfection nécessaire dans cette géométrie à l’apparence parfaite, car il sait que la matière dans l’univers s’organise selon une logique elliptique.
Ses sphères d’acier, ses miroirs sont comme des interruptions dans l’espace, ou plutôt une distorsion de l’espace qui les entoure. Le regard glisse, et si elles sont bien présentes, concrètes, elles sont dématérialisées, existent par l’image du monde qui les environne et qu’elles déforment, au gré du déplacement du spectateur. Le mystère de leur corporéité échappe à la réalité. Elles sont les référentiels immobiles d’un autre univers. « Lorsqu'un objet bouge dans un miroir, direz-vous que quelque chose l'a poussé ? (...) Le cosmos semble aussi "irréel" , aussi "diaphane" que le monde des miroirs, et, comme lui, il n'a que faire de la "force" pour se mouvoir. » (Bertrand Russell, mathématicien et philosophe). Avec ses oeuvres-miroirs, Skoda a peut-être trouvé un moyen de donner corps au titre poétique d’un ouvrage d’Hubert Reeves : « L’espace prend la forme de mon regard ».
Et dans la grande salle du 19, un univers s’installe : les œuvres-miroirs se renvoient leurs reflets, déforment les perceptions des spectateurs, créant un autre espace.
Une imposante sphère polie au-dessus de laquelle oscille un pendule est au centre et l’on croirait entendre : « Vous êtes invités à venir voir tourner la Terre » ; c’est ainsi que Foucault a annoncé sa découverte en 1851 et Skoda lui rend hommage. Si les balancements de Foucault étaient le pouls de notre monde, incarnaient le déplacement perpétuel et intangible de notre véhicule dans l’univers, avec le nouveau système sphère-balancier placé sur la Terre et l’image du pendule renvoyée vers l’univers, il s’agit peut-être alors du pouls du cosmos.
En réponse à ces battements, d’autres balancements, ceux de « Kora », une pièce composée d’un pendule en mouvement face à un miroir convexe. Par intervalles, lorsque le pendule croise le centre du miroir, un « flash noir », un trou noir dans la lumière. La harpe-luth de Skoda, instrument traditionnel d’un peut-être lointain griot cosmique rattache l’histoire de l’univers à la plus ancienne des hommes. Temps et espace sont alors intimement liés, comme le mouvement et la lumière.
Dans les angles de la pièce, « Concave » et « Convexe », deux miroirs déformants, contribuent à créer une autre réalité. Et puisque « La réalité est à la fois multiple et une, et dans sa division elle est toujours rassemblée » (Platon), vient prendre place dans cet espace un ensemble de cinq sphères dont la forme parfaite est contrariée par le dessin de polyèdres réguliers. Ce sont « Les cinq corps de Platon ».
Plus qu’une exposition, ce que le 19 donne à voir, c’est un « art (qui) est à l'image de la création. C'est un symbole, tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos. » (Paul Klee)
En même temps que « Distorsions-visions », Nicola Durvasula, artiste anglaise qui a été l’élève de Skoda au Havre, présente à l’invitation de l’artiste et du CRAC de Montbéliard, ses dessins sous le titre « Indian Rope Trick ». Ils confrontent la culture indienne et notre culture occidentale avec l’efficacité visuelle du néo-pop, le sens de la métamorphose propre au surréalisme et un humour décapant à travers l’usage du pastiche. Philippe Dagen notait : « Ses multiples allusions aux panthéons hindouiste et boudhiste. On croirait un enlumineur moghol qui aurait visité la Tate Gallery ». Nicola Durvasala présente une dizaine d’œuvres ainsi que trois grands dessins muraux réalisés pour l’occasion.
Arnaud Weber
A traiter en encadré à part si possible.
Vladimir Skoda
Né à Prague en 1942, naturalisé français en 1975, Vladimir Skoda vit et travaille à Paris depuis 1968. Il est actuellement professeur à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Entré à l'Ecole Nationale Supérieure de Beaux Arts de Paris en 1968, il pénètre l’univers de Brancusi, Picasso, Gonzales ou Léger par ses visites au Musée d’Art Moderne. Il rencontre ensuite l’Arte Povera, « Supports-Surfaces », César et Fontana, et l’art minimal et conceptuel. Exposé dans les grands centres d’art en France et dans le monde, il comptait parmi les 52 sculpteurs des cinq continents sur les Champs-Elysées en 2000. A Strasbourg : La Chaufferie (Constellations, 1996 ; « De Marseille », janvier 2001), le CEAAC (Eclipses, 1999) ; Jusqu’au 22 septembre, une de ses œuvres appartenant au FRAC Alsace, est exposée à la Chapelle Sainte-Marguerite d’Epfig, dans le cadre d’ « Itinéraires, l’Art contemporain au Pays de Barr et du Bernstein ».
Nicola Durvasula
Née en 1960 à Jersey, elle a fait ses études en Angleterre et à l’Ecole des Beaux-Arts du Havre. Après avoir séjourné plusieurs années en Inde, elle vit aujourd’hui en Angleterre. Ses œuvres ont été exposées de nombreuses fois à travers le Monde, aussi bien en Inde, qu’en France, aux Etats-Unis ou aux Pays-Bas
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