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On a pas tous les jours 20 ans...
Collection IV « Il était une fois…
Le FRAC Alsace fête ses vingt ans et présente dans son espace d’exposition du 18 septembre au 15 décembre, à travers trois accrochages successifs, les œuvres qui ont le plus marqué les membres des différents comités d’acquisition depuis 1982 : des œuvres tout récemment entrées dans la collection bien sûr, mais aussi choisies parmi les premières pièces. Quelques fractions sensibles d’un tout appelé Fonds Régional d’Art Contemporain.
Tout le monde (pas sûr) sait (peut-être) ce qu’est (ou n’est pas) le FRAC et où (où ?) il se trouve. C’est peut-être bon de préciser, même après vingt ans d’existence. Ceux qui savent vraiment – les bienheureux nés au milieu d’une installation, avec carré blanc sur fond blanc de Malévitch en guise de télévision, et qui ont appris à lire avec le dictionnaire des politiques culturelles – peuvent sauter les paragraphes suivants et reprendre la lecture à « Ainsi pourra-t-on (re-découvrir)… ».
Pour les autres (et surtout ceux qui n’y sont jamais allés, tsss… ), quelques précisions : le FRAC est posé à Sélestat au bord de l’Ill. C’est l’une de ces constructions tout en verre et en métal qu’on aperçoit parfois depuis les routes à la campagne, sans savoir ce que c’est, mais sûr la Région est derrière le projet architectural : c’est le cas ici. Ministère de la Culture et Région financent, l’Agence Culturelle d’Alsace le chapeaute et Robert Grossmann préside. On est bien dans l’Institution, genre poids lourd. Mais c’est que l’enjeu est politique : aménagement culturel du territoire. Ite issa est ? Allez-vous en, la messe est dite ? Au contraire.
La volonté est certes de constituer un panel représentatif de l’art de notre époque par l’achat permanent d’œuvres (et c’est forcément polémique, subjectif et difficile), mais ce n’est pas un Fonds percé, ni même un Fonds perdu, mais un Fonds à mental, car le Frac ne passe pas l’art contemporain de Fonds en combles, mais les oeuvres mènent une vie nomade, se promenant depuis leur point d’ancrage territorial sur tous les chemins possibles de la diffusion : la plus importante collection d’art contemporain d’Alsace et l’une des premières au plan national, plus de 1000 œuvres dans toutes les disciplines, est en permanence utilisée pour réduire la distance entre les publics potentiels (tout le monde, en fait) et les œuvres.
Pascal Neveux, directeur depuis 1999, accentue la tendance avec plus de 400 prêts (même dans les classes) et 50 expositions par an (y compris au niveau international). Ce qui est « transportable » semble d’ailleurs de plus en plus guider l’acquisition.
Mais aussi, derrière la baie vitrée - qui a eu cette idée pour un espace dévolu à l’accrochage d’œuvres d’art ? -, le Frac accueille de nombreuses expositions, rencontres, conférences et mène une activité d’édition : bref, tout ce qui concourt à la création et à la promotion de l'art contemporain est tenté.
Sensibilisation accrue également (adultes, entreprises, scolaires), grâce à une équipe – pardon à ceux qui ne sont pas cités - : Barbara Bay, médiatrice culturelle (métier/concept que l’on sait large, de l’organisation à la communication), Claudie Caspar, artiste et professeur détachée à temps plein, active auprès des enseignants, collégiens et lycéens de la région, et Nathalie Le Berre qui occupe un poste de médiatrice culturelle créé spécialement par l’Office de la Culture de Sélestat pour mener des actions avec le Frac et les écoles de la Ville. Frank Morzuch sera ainsi en résidence d’octobre à décembre pour mener avec les élèves une réflexion entre son travail et les carrés magiques et symboles présents dans l’œuvre de Dürer (résultat présenté au Frac en juin 2003, « L’art à l’école »).
Mais revenons à la collection : Fonds Régional d’Art Contemporain et non Fonds d’Art Régional Contemporain (Claude Mollard, Délégué National aux Arts Plastiques lors de la création des FRAC), des œuvres d’artistes de renommée internationale ont été acquises dès sa constitution : Dubuffet, Merz, Panamarenko, etc... ce qui n’exclue pas les artistes alsaciens, évidemment. Qui choisit et comment ? Un comité technique bénévole, totalement indépendant et renouvelé régulièrement, va de visites d’ateliers en rencontre, en évaluation de proposition spontanées d’artistes et argumente ensuite auprès du directeur du Frac et du conseil d’administration. Hommes politiques, conservateurs, professeurs, fonctionnaires du ministère, critiques, directeurs d’école d’art, commissaires d’exposition, président d’association d’artistes, etc… ont formé les différents comités.
Parmi eux, Albert Chatelet, Evelyne Schmitt, Otto Teichert, Jean-Pierre Greff, Gilles Fuchs, Daniel Payot, Philippe Piguet, et Olivier Reneau - cités par ordre chronologique d’appartenance aux différents comités - ont accepté de choisir les œuvres qui les ont le plus marqué dans la collection du Frac.
Ainsi pourra-t-on (re)découvrir au gré des trois accrochages, le travail de Ryuta Amae, BP, Bernard Borgeaud, Jean-Gabriel Coignet, Isabelle Lévénez, Laura Lamiel, Loriot/Melia, Joachim Mogarra, Bruno Peinado, Bruno Perramant, Eric Poitevin, Daniel Schlier, Alain Séchas, Klaus Stöber, et Patrick Tosani.
En parler ? Pas trop. D’abord, sourire avec Séchas de ses chats-quille, inquiets de la boule de bowling que tient maladroitement un autre chat plus grand, puis comprendre que la satyre sociale pointe son museau. Balayer du regard les tableaux de Perramant, textes et images qui composent l’œuvre de manière quasi-cinématographique, recommencer et s’apercevoir que notre œil a créé une fiction différente. Chercher ce que signifie cette immense croix noire de Borgeaud, fixer la surface et s’apercevoir que c’est de la photographie, tout en subtiles variations, penser que le fond et la forme de l’œuvre suscitent une indéfinissable spiritualité et ne plus forcément vouloir savoir.
Que l’art contemporain soit affaire de concepts, possible, mais il faut en tout cas s’en approcher, physiquement avant, car ce qui fait sans doute la force d’une œuvre, c’est le choc esthétique ou intellectuel, ou les deux, sachant que ces variables sont affaires de jugement subjectif, mais aussi d’intérêt individuel manifesté pour connaître et comprendre…
L’occasion est belle, à travers Collection IV, car ce sont les œuvres qui ont marqué des spécialistes de l’art contemporain qui sont présentées. Et Joyeux anniversaire au Frac qui essaie que l’art prenne un peu plus de place dans la vie.
Arnaud Weber / Collectif Insight |