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L’art-vidéo méritait une grande exposition à Strasbourg, le Musée d’Art Moderne lui ouvre généreusement les portes. C’est indéniablement un souffle supplémentaire donné à cette expression artistique, tout en offrant l’occasion d’interroger le statut et la place de cet art dans un musée. Quelques pistes pour mieux se repérer, élaborées après une rencontre avec Georges Heck, directeur de Vidéo Les Beaux Jours.
L’art vidéo est de plus en plus présenté dans toute la région (Vidéo Les Beaux Jours, les Nuits Art Vidéo du Maillon et du Forum Itinérant, etc…), mais il a longtemps souffert de son manque de diffusion. En fait, cette forme d’expression était conçue au départ pour la télévision, qui aurait pu permettre à l’Art d’entrer dans la vie quotidienne partout et simultanément. Mais la télévision a très vite été frileuse et hormis quelques stations américaines et le Service de Recherches de l’ORTF - où un certain Robert Cahen, alors musicien concret, a découvert la vidéo -,les portes ont été fermées.
La seule alternative pour exister a donc été l’enregistrement sur des cassettes, réduisant le potentiel démocratique de cet art. L’œuvre s’est en plus confondue avec son support, le terme vidéo désignant aussi bien l’une que l’autre. Pour Georges Heck, « l’histoire de l’art-vidéo s’est ainsi déroulée dans le paradoxe, et même si des festivals, florissants dans les années 80 puis un peu moins dans les années 90, ont essayé de promouvoir l’art-vidéo, le constat aujourd’hui est qu’il est toujours en quête d’identité : art ou médium artistique ? ».
Cette distinction est d’autant plus complexe que les arts plastiques ont récupéré cet orphelin, « oubliant parfois l’héritage : la vidéo, choix véritable de terrain d’expression pour les pionniers est devenu pour certains artistes, un moyen parmi d’autres. La terminologie a par ailleurs transformé les réalisateurs en vidéastes et gommé le terme art-vidéo pour le remplacer par vidéo, à mesure que les grandes institutions de l’art contemporain recueillaient cette discipline sans-abri (Venise, Kassel, Strasbourg). »
Pour Georges Heck, ces changements amènent à réfléchir à « la nature et la forme même de la vidéo : les contraintes d’isolement sonore et lumineux sont assez bien maîtrisées dans les musées, mais qu’en est-il du temps ? »
Cette question qu’il pose renvoie sans doute au rapport entre le regard du visiteur et l’œuvre : un coup d’œil rapide sur un tableau vaut-il quelques secondes d’une vidéo conçue comme une narration ? Celui qui voit en entier toutes les vidéos présentées passerait des jours. Peut-être faut-il venir plusieurs fois. Irait-on voir tous les films d’un cinéma à la suite le même jour ou dix minutes de chaque durant deux heures ?
En réponse à cette problématique, les artistes-vidéo, sachant que la destination sera le musée, intègrent de plus en plus cette fugacité, créent des œuvres appréhendables en quelques coups d’œil, en y revenant, en boucle, mais qui peuvent aussi être regardées en entier : chacun choisira.
Quoiqu’il en soit, le Mamcs, à travers cette exposition a le mérite de faire réfléchir au statut de la vidéo, tout en faisant mieux connaître cette expression artistique. Cela prolonge un travail de diffusion ancien à Strasbourg : il y avait autrefois l’Atelier de Pédagogie et d’Animation, et depuis 1989, Vidéo Les Beaux Jours. L’Atelier de recherche d’Arte(ORTF Revival ?, dirigé par Paul Ouazan programme aussi Die Nacht, à minuit une fois par mois et le Maillon, en partenariat avec le forum itinérant crée de grands événements chaque année : Les Nuits Art Vidéo (la prochaine a lieu le 29 mars 2002.
Mais il y a toujours un manque de lieux de création. L’Ecole des Arts Décoratifs fait une recherche prometteuse, seulement les étudiants repartent ensuite ou restent très discrets, par manque de soutien financier, peut-être. La Maison de l’Image pourrait être cet espace, d’autant plus naturellement qu’elle vient de passer sous la houlette du service de la Culture.
Enfin, la vraie possibilité de développement pour l’art vidéo réside aussi sans doute dans l’achat des cassettes d’artistes par le public : en les visionnant à la maison, il redonnerait à cet art, sa destination initiale, dans le noir, dans l’intimité et avec le temps nécessaire. Cela n’exclut bien sûr pas que des œuvres monumentales comme celles de Viola continuent à investir les musées et faire rivaliser ainsi l’art-vidéo avec les autres disciplines artistiques, bien au contraire.
Arnaud Weber |