N°59-Décembre 2002,"Charming"

Sensuelle et poétique, délirante et déroutante, à travers ses mots, ses performances et ses photographies, Wonderbabette décline et impose une certaine image de la féminité, délurée mais revendicative. Teasing avant une expo collective à La Chaufferie.

Esmeralda diplômée en publicité et art aux Arts Décos de Strasbourg, tour à tour graphiste, directrice artistique, styliste, décoratrice, scénographe, photographe, chanteuse, danseuse, mannequin, and so and so, Wonderbabette est génialement limite bordélique, charmante excentrique, poète plasticienne des mots et de la vie.

Deux heures avec elle et des impressions baroques, surréalistes, envoûtantes, envahissent le monde alentour si gris feutré au quotidien… un appel d’air. Il n’y a pas de chronologie dans ce qu’elle exprime : « Je suis responsable de ma rose »(photos, 1989) évocation de lorsqu’elle était enceinte, mâtinée de Petit Prince ou « Quand je serais grande et que tu seras petite, tu me donneras tes seins », montage des seins de Babette sur le corps de sa fille (St’art 2001). Des tee-shirts « Aime-moi, le Ciel t’aidera » traduisent son expérience publicitaire et la volonté de communiquer avec des outils simples. Le but est, en rendant publiques ses pensées intimes, de faire sortir ce qu’elle a en elle, toucher les gens et faire sortir ce qu’ils ont en eux. Depuis son certif du CFPI, label ministériel testé à Strasbourg et implanté aux Arts Décos, elle multiplie les projets vers tous les publics. Une photo de nu et naît un processus d’écriture et d’arts plastiques sur le sida, avec des adolescents et… des petites mamies. Une caravane et cela devient une installation itinérante, ludique, d’objets, de vidéo, etc… à l’intérieur et à l’extérieur (elle cherche d’ailleurs des sponsors pour recommencer). Une carte blanche collective donnée par Francisco Ruiz del Infante (Nuit Blanche, Paris), et Wonderbabette se métamorphose en cartomancienne dans une roulotte de cirque : une carte, une action. Elle guette les émerveillements des autres dans l’exiguïté. Même son prénom vient à la rescousse : « Bab », porte en arabe. Babette ? Petite porte… Le Théâtre de bouche est né ! Représentation de proximité ou sur grand écran, l’acteur est sa bouche, tout le reste est masqué. Le billet ? Dans de petits beignets, parmi des messages pornos, se glissent des tickets gratuits (soirée aux arts décos, et fin de la résidence de la compagnie Kubilaï Khan à Pôle Sud).
Une roue de vélo, des magnets avec mots et images, une incitation ludique à l’écriture : dans les classes, ou dans les quartiers cet été (avec Arachnima à Hautepierre et La Musau), il faut « faire lever les pieds de la terre ». Elle rêverait de le faire avec les gitans, à l’hôpital, la bibliothèque… Autre piste, les campagnes annuelles pour des produits laitiers : « Babette, je la lie, je la fouette, et parfois, elle passe à la casserole », « Babette, j’en fais ce que je veux ». En attendant, avec Exhibition (just an), c’est elle qui fait ce qu’elle veut et forcément c’est surprenant, décalé : le corps d’une geisha, photographie grandeur nature devient plateaux à sushis, questionnement sur la place difficile à trouver pour la femme entre indépendance virulente et objet. Des robes de “vernisseuses” garnies de pochettes et portées par des modèles nourrissent œil, ventre, et création. Enfin, « Wonderbabette buy X (regards de moi) » est une rencontre : un texte est remis au visiteur qui revient le lendemain faire poser l’artiste selon ce que les mots lui ont inspiré. Si vous voulez la vexer, dites lui que vous ne comprenez pas ses histoires de bonne femme, mais pour décrocher un grand sourire, le sésame est : « J’ai été charmé, j’ai partagé quelque-chose d’agréable, en communication intime ». Wonderbabette, une « artiste mutante » et enchanteresse à (re)découvrir.

Arthur Concept

 
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