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Photosensible Hélène
Jusqu'au 1er juin prochain, le Ceaac est transformé en écrin de pénombre pour les mises en œuvres lumineuses d'Hélène Mugot. Noire, caressante, mystérieuse, sacralisée, la lumière est l'instrument et la matière d'une trinité "source-support-regard", fondant l'acte poétique sensible et multiforme de cette artiste.
Un rai de soleil qui court subrepticement sur les facettes d'un boulon en mouvement. Vu. L'œil d'Hélène Mugot pétille et son sourire s'allume. Tout ce qui produit, reflète ou met en scène de la lumière l'éveille. " lorsque j'ai commencé mon parcours artistique, je cherchais un objet de création qui puisse répondre à un renouvellement permanent. La lumière est ce formidable objet d'étude. Ondulatoire, corpusculaire… elle peut se comporter de manière radicalement opposée selon les situations". La lumière est une matière vivante, souple, volontaire, qui se montre selon ce que le media est capable d'en révéler. Les échanges riches et approfondis avec des scientifiques (notamment l'astrophysicien Michel Cassey), une résidence au Museum of Holography de New York et des recherches sur les nouvelles technologies de l'image, donnent à Hélène Mugot, un savoir qui n'est pas qu'empirique sur la lumière et se met au service de ses amours doubles et fidèles : la littérature autant que les Beaux-Arts.
Pas de limite de support, de discipline, de technique, ou de savoir scientifique pour elle. Tout concours à créer un univers où la lumière est sa complice, sa partenaire poétique, pour que le spirituel devienne plastique, que le sacré et le conceptuel soient perceptibles sans être hermétiques. Icare, succession de photos rondes du soleil, joue sur deux mouvements - du loin au proche et de bas en haut - qui contiennent le mythe de la chute en entier. Okeanos, dispositif translucide utilisant les vitres du Ceaac et une projection sur un petit écran suspendu dans les airs, nous emmènent au cœur des grandes marées, dans un univers photographique frère de la calligraphie chinoise. Et pourtant, à proximité, c'est le Chant des Sirènes qui transporte l'esprit, une scansion des 8 vers de l'Odyssée où les créatures parlent à Ulysse, composée comme une partition symphonique à partir du texte grec, support au dialogue entre le fusain absorbant la lumière, l'ombre, et les feuilles d'or apposées créant des halos sur le mur : une ondulation aussi du soleil sur les vagues.
Meduse, vidéo rejouant sept fois le coucher de l'astre qui bondit dans les cieux au toucher de l'eau et finit par mourir, accompagné du braiement d'un âne, se réfère au "braiement du soleil" de Claudel et au "Soleil cou-coupé" d'Apollinaire. L'image reproduit le mouvement des animaux marins, un battement binaire lumière-crépuscule, une ode à la vie, et renvoie aux haltères-essieux-lampes au pied de l'écran : Le Char du Soleil. En communion avec l'univers génésique de ces œuvres, ailleurs, des photographies d'oliviers millénaires, Ardre, ardents arbres aux couleurs de cendre, Forteresse en lente tension des formes que la Nature invente sous la chaleur au fil des siècles, sont un minutieux travail de recomposition en contrastes de noir et blanc fondus et opposés, créant une autre réalité proche d'une gravure fluide et abstraite qui vivrait sur le papier.
Méditerranéenne née à Bougie (ça ne s'invente pas !), Hélène Mugot entretient bien un rapport amoureux à la lumière, sublimé dans La Caresse du Soleil, une installation faite avec l'aide des Compagnons du devoir, un travelling de lumière noire révélant à son passage sur le mur nu, les empreintes des doigts de l'artiste. Grâce à un procédé magique - la science gardée secrète profite au sensible, n'est-ce pas ? - chaque doigt apparaît avec une des dix couleurs du spectre. C'est en quelque sorte la palette intime de l'artiste qu'elle dévoile dans cette exposition en relation forte avec le Ceaac, et ce lien privilégié est une partie de leur collaboration qu'il faut découvrir pour mieux comprendre pourquoi ensemble ils nourrissent le secret espoir d'un projet qui ferait de la Place du Conseil des Quinze à Strasbourg, un port symbolique bercé d'une ondulation colorée sensible, un lieu où les imaginations quotidiennes partent ou reviennent au milieu des arbres, sous le regard d'une horloge-phare, gardienne des rêves. |