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Art-Rivé pour Rêver
Il y avait un jardin qu'on appelait la terre Il brillait au soleil comme un fruit défendu / Non ce n’était pas le paradis ni l'enfer / Ni rien de déjà vu ou déjà entendu (Georges Moustaki).
Dans un Strasbourg tournesolisé de mille part et en mille facettes, plantes grimpantes calicotées qui parent le gris graffité des lampadaires de jaune et de vert, il est né l’Enfant bucolique objet de toutes les attentions. Bien cher enfant dans le cœur de tous les Strasbourgeois qui l’attendaient avec affection, il est presque né sous le signe des Gémeaux, et parle deux langues qui se lient et se délient artistiquement à gauche comme à droite de son axe médian. A tout seigneur tout honneur, plusieurs cadeaux lui ont été offert, en indivision avec tout le peuple de ses contemplateurs, comme au temps des Royaumes Antiques : le premier de ceux-ci est la fibule architecturale du visionnaire Mimram, monumentale dentelle de métal qui joint les deux pans de son manteau extraordinaire, se jouant sans trembler des vents qui soufflent sur sa couche.
Le second est un mur, une immense collerette d’eau qui s’égaie tantôt de fastes aquatiques ludiques. Hormis le raffinement des parfums et essences végétales pour que tout soit agréable à ses visiteurs, des joyaux pour orner son costume fait de 160 000 tulipes ont été spécialement commandés à des artistes internationaux par un collège référendaire de spécialistes. Catherine Grout, plasticienne et critique d’art s’est entourée de Jean-Pierre Greff (ex ENSAD), Emmanuel Guigon (MAMCS), d’Évelyne Loux (CEEAC), Pascal Neveux (FRAC Alsace) et de Michel Griscelli (DRAC Alsace).
Comme une broche de grès rose au milieu d’un tapis vert casino serpente une expérience auditive sensible rendue concrète : « Izanai 2004 et Otodate-steps », créée par Akio Suzuki. Littéralement, quelque chose comme « espace d’incitation avec étapes pour écouter le son selon un rituel aussi sacré et spirituel que la cérémonie du thé ». Pénétrant entre les deux murs, en se positionnant sur les dalles marquées d’oreilles, la perception selon les endroits change radicalement. Le son sourd du mur d’eau succède au tranquille bruit que les masses d’eau en mouvement du Rhin renvoient vers les berges. Le temps et l’espace sont les véritables matériaux de cette poétique.
Ailleurs, Andrea Blum adresse elle son invitation à deux fonctions vitales : « Drink and Sleep». Deux essentiels à partager en public sur des structures de béton vert : faire la sieste ou manger avec des étrangers, complices devenus, dans un parc où le végétal s’allie au fluvial. Tout le potentiel d’un repositionnement des rapports humains contemporains est là. Boire à la Fontaine en regardant le Rhin, dormir sous la protection des arbres, envisager ses voisins de détente en autres soi-mêmes ressentant les mêmes satisfactions. De là, contempler le site et s’apercevoir que toutes les structures en bois que l’on a cotoyé, forment une remarquable cohérence. Disséminées dans le jardin, fonctionnelles ou ludiques, au bord des allées... ces abris (Garden Folly's), jeux ou bancs (Wooden Structures), sont par la volonté de Tadashi Kawamata, d’une extrême présence et d’une absolue discrétion. Elles démontrent que l’utile, le beau et le naturel ne sont pas opposables.
A l’ « Amer 6 » si l’on est batelier - kilomètre 392,6 si l’on est piéton - entre ciel et terre, fleuve et jardin, se dresse un édifice pensé par Philippe Lepeut. Le dos monochrome « bleu de la couleur du ciel le 15 août » s’expérimente par l’arrière, en regardant le Rhin. Un treillis métallique monté sur perches, futur tuteur à des plantes grimpantes fait partie intégrante du dispositif. De l’intérieur de la cabane de pêcheur, point de rencontre pour les différentes associations de protection du milieu aquatique, la vue sur l’autre berge est entière. Philiipe Lepeut interroge l’artificialité, son impact sur notre monde, tout en proposant une sensibilisation poétique et scientifique à l’écologie et à l’environnement. Manque encore dans ce Jardin les oeuvres de Sylvie Blocher, qui seront installées. Elles seront d’amples plaques ovales d’un bel orange lumineux, de tailles différentes, pour s’installer seul ou à plusieurs, où l’on pourra pique-niquer, discuter, partager, se reposer et sans nulle doute rêver... que l’Enfant roi, c’est soi, que l’on peut aller et venir selon son bon plaisir, sur la Terre et sur l’Eau.
Arthur Concept / Collectif Insight |