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Nouveau départ pour St'art
Pour ses dix ans, St’art change de date et s’installe fin novembre, permettant la venue des galeries italiennes et espagnoles, occupées par les foires de Madrid et Bologne entre janvier et février. St’art change aussi de nom et devient La Foire Européenne d’Art Contemporain, affirmant sa 1ère place en dehors de Paris - la FEAC devient clairement le pendant européen de la FIAC. Pourtant, la naissance de St’art n’a pas été simple…. en mars 1995, était créé par Evans, le Salon International d’Art Contemporain à Strasbourg (SIAC). Déficitaire d’1,4 million de francs, il fut suivi d’un second organisé par la même société en mars 1996 - « Art Strasbourg » - avec un déficit équivalent, entraînant - pour partie - en avril suivant, une liquidation judiciaire.
Après une bataille juridique pour que la Sofex (ensuite Strasbourg-Expo Congrès après sa fusion avec le PMC, et aujourd’hui Strasbourg-Evenements) puisse créer « St’art », la décision juridique intervint en décembre 1996 pour une 1ère édition de St’art en janvier 1997 ! (jugement définitif en 2000 !!), tandis qu’un Salon concurrent développé par un ancien partenaire d’« Art Strasbourg 96 » devait se tenir en mai 1997 aussi au Wacken (il n’aura finalement pas lieu).
L’échec des deux premières tentatives a d’emblée posé la question de la possibilité d’existence d’une telle manifestation à Strasbourg, si bien que depuis sa création, St’art aura été ensuite un long développement de dix ans, à la recherche de sa légitimité, de l’affection du public et des galeries.Une foire internationale d’art contemporain, se doit ainsi d’avoir une fréquentation suffisante, pour que les galeries importantes soient présentes, exposent des œuvres majeures, que les grands collectionneurs soient attirés, et que l’importance de l’événement fasse venir du public. CQFD.
Après un démarrage poussif avec 73 galeries, dû à la situation particulière de 1997, le nombre a cru d’année en année si rapidement qu’avec 120 stands en 1999, l’absence de sélection qualitative menaçait de faire fuir certaines grandes galeries : un comité fut instauré qui ne retiendra plus ensuite qu’environ 90 à 100 galeries sur souvent 140 à 150 demandes. En ce qui concerne les artistes présentés, dès le départ et jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours eu à St’art à côté de la jeune création de très grands noms et même un Picasso à 1,2 millions d’euros en 1999 (qui ne trouva pas preneur).
Côté fréquentation, des 20 000 visiteurs de 1997 aux 28 500 en 2005, la progression a été quasi-régulière, et St’art se situe au 10ème rang des foires internationales, juste devant Chicago. L’équilibre financier est atteint à partir de 1999, année d’ailleurs à partir de laquelle l’identité internationale de St’art est assise puisqu’à partir de ce moment, la moitié des galeries est étrangère. On pourrait crier victoire, mais il demeure un problème. Le volume d’affaires après un boom de 1,6 à 4 millions d’euros entre 1997 et 1998, évolue très lentement, si bien que la foire ne décolle pas. Est-ce une question de stratégie ? En 1997, Alain Lamaignière expliquait : « Notre ligne est celle d'un soutien à la jeune création. Ce salon doit être une ouverture pour des gens voulant acquérir des oeuvres à des prix plus abordables que ceux généralement pratiqués dans d'autres grands salons. » (Dna 26 janvier 1997). Et il faut bien reconnaître qu’à cet égard, St’art a bien réussi son pari. En 1999 déjà, Alain Lamaignière estimait « qu’entre 1200 et 1500 visiteurs avaient acquis une première oeuvre à St’art. La manifestation occupe donc un vrai rôle d'initiation à l'art de notre temps. » (Dna, 4 mars 1999)
Au long du développement de St’art, tout aura ainsi été fait en direction du public : espaces conviviaux, bar à champagne, salon de thé, cyber café, site internet, foire virtuelle sur le web, tables-rondes (« L’art et l’argent » en 2003, « La peinture de proximité, une présence sociale incontournable » en 2004 ou encore “Pôles et systèmes d'enseignement du verre contemporain en Europe” en 2005, entre autres sujets), éditions, visites guidées…. Dans le même temps, le positionnement de St’art en faveur de la jeune création s’est aussi affirmé, à travers les cartes blanches mettant à l’honneur quelques jeunes artistes strasbourgeois ou à l’occasion, allemands. Et l’originalité du salon, le verre, aura été une constante, singularisant St’art parmi les autres foires d’art contemporain. Si l’on appuie encore la démonstration sur les collaborations avec le Maillon, l’Opéra du Rhin, les structures culturelles régionales (CEAAC, FRAC Alsace, MAMCS…), finalement qu’est devenu St’art ? La plus grande exposition d’art contemporain de Strasbourg, un véritable événement culturel, où l’on vient voir, apprendre, flâner. Mais une foire d’art contemporain n’est-elle pas censée être un événement commercial où les grands collectionneurs achètent des œuvres importantes à de grands galéristes ? Sans doute. Pourtant, la stratégie de St’art sera peut-être payante : non contente d’avoir éduqué son public local et notamment les jeunes - qui ont dix ans de plus et des moyens pour acheter -, l’événement a depuis 2003 amorcé – sans abandonner ce qui a séduit le public - un virage en direction des collectionneurs, prenant en charge les frais de ceux invités par les galeries, et même les mettant à l’honneur de son édition 2004 en exposant plusieurs collections.
Le souci de qualité et l’identité culturelle de St’art porte d’ailleurs également ses fruits à l’étranger, puisque 10% des visiteurs de l’édition de janvier 2005 sont allemands. Quand on sait le mal que se donne la foire depuis sa création pour séduire outre-rhin… Si les acheteurs augmentent aussi, nulle doute que les grandes galeries préféreront faire affaire dans un climat culturel qui ne gâche rien au profit commercial… Il restait cependant la question de la date de la foire. En 1999, la foire se décalait d’un mois à cause de Bologne ou Madrid, avant de revenir à sa date initiale. Avec la naissance d’Art Karlsruhe en mars, les dés étaient jetés, il fallait changer… vive la nouvelle Foire Européenne d’Art Contemporain, les galeries espagnoles et italiennes enfin disponibles. Et puisque novembre est tout proche de Noël, c’est peut-être l’occasion d’offrir ou de s’offrir une œuvre, un cadeau pas forcément coûteux, et sans aucun doute, original.
L’Allemagne sera à l’honneur avec plus d’une dizaine de galeries présentes, parmi les galeries provenant d’une quinzaine de pays d’Europe et de 15 pays du monde. Une trentaine de nouvelles galeries participeront à la 10ème édition.Toutes les galeries, encouragées aux one man shows auront 10 m2 de plus pour plus de lisibilité.L’European Studio Glass Art Association exposera huit des trente-sept œuvres de verre acquises pour le Frac Haute-Normandie par la conservatrice Catherine Vaudour entre 1985 et 1987 ; la carte blanche est confiée à Claude Lapointe (Ecole des Arts Décos), et, à l’occasion de cette 10ème édition, signalons enfin, la présence de galeries récentes à Strasbourg : la Galerie Chantal Bamberger (16, rue du 22 novembre) vient avec de très belles lithographies des artistes du pop’art comme Wesselmann, Warhol, Lichtenstein et Rauschenberg, tandis que la Galerie Yves Iffrig (14, rue de l’Ail) exposera des œuvres récentes de Jean-Pierre Bertrand et Jean-François Maurige (ce dernier présenté à la Galerie jusqu'au 23 decembre).
Arnaud Weber / Collectif Insight |